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Mon intériorité n’est-elle qu’étrangeté ?

December 3, 2012

Dissert de philo de Louise, NOv 2012. Papa…fier J

Mon intériorité n’est-elle qu’étrangeté ?

Il existe dans la philosophie une tradition qui est de dire que la pensée classique prête à la conscience une lucidité à peu près totale. Il est peu contestable que, pour la majorité des individus, affirmer penser, c’est affirmer qu’il est. On soutient volontiers que nous nous connaissons : nos envies, nos plaisirs, nos préférences, nos aversions, nos dégoûts, ne peuvent être plus clairs qu’à nous-même. Même si j’affirme que nul ne me connaît mieux que moi-même, on voit mal cependant comment expliquer parfois certains actes ou sentiments qui nous étaient alors inconnus ou auxquels nous n’étions habitués. Si bien que l’homme s’inquiète, se retrouvant avec une intériorité dont il ne saisit la totalité. En vérité, la connaissance de soi n’est pas indépendante de la notion freudienne d’inconscient, qui vient contester la lucidité de notre pensée et de notre propre connaissance. Devrait-on alors, dès lors, se demander si mon intériorité n’est qu’étrangeté ? Mais en se posant cette question, ne sommes-nous pas en train de réduire notre intériorité exclusivement à un concept étrange? En effet, l’on peut concevoir que notre intériorité est en partie étrangeté, mais il n’en reste pas moins que nous avons une connaissance étroite de nous que nul ne peut contredire. Le terme intériorité reste donc à définir. Si elle n’est pas qu’étrangeté, ne peut-elle pas aussi impliquer l’influence d’autrui ? Car si mon intériorité est avant tout conscience de soi, cette conscience de soi n’a-t-elle pas été façonnée depuis toujours par l’intermédiaire des autres ? Dès lors, il apparaît que mon intériorité n’est pas en tant que telle mais plutôt en grande partie dépendante d’autrui car elle dépend de son jugement. À partir de ces réflexions, on tire plusieurs questions : qu’est-ce que mon intériorité ? La connais-je vraiment ? Et de quoi dépend-elle ?

En se posant la question « mon intériorité n’est-elle qu’étrangeté ? », une des premières réponses qui peut nous venir à l’esprit est « non ». Tout être possède un savoir intérieur irréfutable : il a une conscience qui lui permet de s’appréhender. Cette conscience de soi lui permet de se définir en tant que être et de saisir une partie de son intériorité. Cependant cette intériorité souvent instinctive doit aussi être travaillée, se bâtir grâce à des réflexions personnelles.

En effet, à partir du moment où l’on évoque le terme intériorité, nous ne sommes plus au-delà du corps mais nous rentrons dans la réflexion de l’âme et de l’esprit. Intervient alors l’idée de l’existence d’une substance pensante, notre conscience. L’îlot qu’est la conscience dans notre esprit est la présence intérieure et ultime de l’être. En effet, la conscience est une des premières certitudes de l’être. Elle est caractérisée par sa quasi transparence où tout semble y être accessible. C’est en faisait l’expérience d’une introspection, que je me rends compte que je peux saisir la quasi-totalité de mes pensées dans une intervalle de temps immédiate. Par exemple, lorsque je me pose la question « mon intériorité n’est-elle qu’étrangeté ? » je me demande aussi ce qu’est mon intériorité, et en me demandant cela, je parviens à réaliser qu’avant tout, je possède bel et bien une intériorité qui me définit. Cependant il faut garder à l’esprit que si j’ai une intériorité, je n’en suis pas toujours conscient. Prenons l’exemple de l’enfant qui n’a pas de conscience avant un certain âge. Cela a été exprimé par Kant : « Il faut remarquer que l’enfant qui sait déjà parler assez correctement ne commence qu’assez tard (peut-être un an après) à dire Je; avant, il parle de soi à la troisième personne (Charles veut manger, marcher, etc.); et il semble que pour lui une lumière vienne de se lever quand il commence à dire Je; à partir de ce jour, il ne revient jamais à l’autre manière de parler. Auparavant il ne faisait que se sentir; maintenant il se pense. » Kant exprime ici l’importance pour le sujet humain de pouvoir dire « je ». L’homme devient alors un être moral grâce à sa conscience qui lui permet de s’interroger sur son intériorité.

On en vient alors à l’idée que c’est est en poussant plus loin cette introspection, qu’on éprouve une conscience de soi. J’ai conscience que j’existe, car l’acte de pensée n’est possible que si je suis. En effet, l’homme peut douter de tout, de l’existence effective de notre corps et du monde qui nous entoure, mais il ne peut douter de l’existence de sa pensée. Ainsi, dès lors où nous nous rendons compte de l’irréfutabilité de l’existence de notre pensée indépendante, nous prenons conscience de notre " je. " Cela rejoint ce que disait Descartes : « je pense donc je suis ». En effet, je suis maître de mes pensées, en tenant compte que ce sont mes pensées qui permettent de m’exprimer, de donner mon avis, et donc de dire « je ». Je prends alors conscience que j’ai une intériorité qui m’est propre, qui se nourrit de ma personnalité, de mon vécu, de mes expériences et que j’ai alors des sentiments intimes connus que par moi et souvent inaccessibles à autrui. Il semble donc que moi qui dis « je », je suis une personne autonome, distincte d’autrui, ayant une conscience souveraine qui me permet d’avoir le sentiment de savoir qui je suis et ce que je suis. Sur un spectre de sentiment qui va des dégoûts et désirs les plus instinctifs (exemple : « Je n’aime pas le fromage, alors je ne mange jamais de fromage » ou « J’aime me doucher après le sport ») aux réflexions abouties et raisonnées, souvent le résultat d’expériences et d’échanges sociaux, la construction de l’individu se détermine d’abord à un niveau intime et profondément personnel. Il appartient au sujet d’advenir. Je suis comme je suis, je suis ce que j’assume d’être, je suis ce qui est tolérable par moi d’être. Je suis par différence et par référence. Je suis par différence vis-à-vis des autres parce que je suis unique et je me veux différent, car mon être se nourrit de mon unicité. Je suis par référence à un système de valeurs, à un modèle. J’affirme donc que j’ai une intériorité qui m’est propre. Ce n’est que lorsque je peux me retrouver remis en cause, pour une quelconque raison, que j’assume mon tout complexe comme étant bien le mien, ce qui laisse sous-entendre que je suis comme je suis, je n’ai pas envie de modifier ma personnalité et je refuse toute atteinte à mon intégrité. Mon intériorité ne peut alors pas n’être qu’étrangeté puisque je suis conscient de qui je suis.

Qui plus est, mon intériorité est déterminée depuis toujours par des expériences successives, face auxquelles je me rends compte que j’ai pris l’habitude d’adopter un sentiment presque instinctif. Par exemple, je sais désormais que je vais ressentir chaque dimanche soir, la veille de la reprise des cours, une sorte d’appréhension maussade. Mon intériorité est donc en partie fondée par des sentiments instinctifs. Cela laisse place à l’affirmation que même si elle est en partie instinctive, je suis consciente de ces sentiments, me permettant de conclure que je connais une partie de mon intériorité. Mon intériorité est aussi le résultat d’une réflexion construite et méthodique, d’une démarche intellectuelle qu’il faut travailler. Elle n’est pas étrangeté car c’est en se demandant si nous connaissons notre intériorité que nous sommes paradoxalement en train de l’appréhender. Nous sommes alors en train de travailler notre notion d’intériorité. Il faut donc considérer que notre intériorité se fonde, se nourrit, se bâtit en effet grâce à un travail sur le « soi ». C’est ce que dit le proverbe connu : « connais-toi toi-même ». Cette devise laisse entendre que la connaissance de soi n’est en fait pas une donnée immédiate qui résulte du phénomène de la conscience. Il faut avant tout descendre dans les profondeurs de notre intériorité pour trouver l’essence de notre être. Pour cela, il faut d’abord passer par la découverte et l’affirmation du « moi » en possédant le « je » dans sa représentation. Je dois m’efforcer et être capable de me saisir moi-même par un retour sur moi.

Suite à cela, on peut alors regarder si notre intériorité n’est pas aussi en partie étrangeté. On peut alors associer en partie le concept de la conscience à la notion d’intériorité. Cependant, en définissant par contradiction, la conscience ne se traduit-elle pas par ce qui se trouve au-delà d’elle et indépendamment d’elle ? En effet, la conscience qui dis « je » est avant tout coextensive au doute. Je perçois alors mon intériorité comme étrange, voire bizarre. C’est justement en s’intéressant à cet aspect bizarre de mon intériorité que je prends conscience de l’inconnu de mon inconscient qui vient me surprendre et me remettre en question.

Nous avons dit précédemment que notre intériorité est avant tout un concept qui se travaille et qui s’appréhende. Or la notion d’intériorité est intimement liée à la notion de conscience. Seulement, conscience de soi ne veut pas dire connaissance de soi. J’ai conscience de moi-même certes, mais seulement conscient que je suis, non pas conscient de ce que je suis en moi-même. En effet, cette représentation que je peux faire de moi-même est une pensée, mais cette pensée est-elle la vérité absolue et déterminée ? On parle souvent du « courant de la conscience ». Si la conscience n’est jamais un phénomène arrêté, mais seulement en mouvement perpétuel, comment pouvons-nous en tirer une connaissance de soi ? William James, professeur de psychologie de l’Université de Harvard, a dit à propos de la conscience : « ce qui nous frappe dès l’abord, c’est une succession d’allures très différentes ; Il semble que la conscience, telle un oiseau, vole et se perche tour à tour. Ce rythme s’exprime dans le rythme du langage, où chaque pensée se meut dans une phrase et chaque phrase s’arrête à un point. » Ainsi, il est difficile de saisir en plein élan cet oiseau de la conscience, car l’arrêter en plein élan reviendrait à l’anéantir et attendre qu’il ait atteint la conclusion serait attendre que son prochain envol l’éclipse. La pensée est d’une abstraction telle, que presque toujours elle est déjà arrivée à sa conclusion quand on songe encore à l’arrêter en chemin. La conscience est donc une grande constance, une activité incessante. On ne se connaîtra jamais une fois pour toute, car elle n’a ni forme, ni contenu déterminé. La connaissance de soi ne peut donc être à la fois totale et définitive : notre intériorité est en évolution perpétuelle.

Puis-je donc me connaître un jour ? Une introspection est-elle alors possible? Le paradoxe de l’introspection est que le sujet se confond avec l’acte de s’observer lui-même. En effet, ma façon de réfléchir ne fait-elle pas de moi l’étranger de moi ? Plus je réfléchi, plus je raisonne, plus je raisonne, plus je deviens sujet d’analyse. Je deviens comme un élément observé au microscope par un biologiste, je deviens sujet d’étude. Mon intériorité doit être appréhendée dans tous ses aspects, et la définir nécessite des outils d’analyse qui ne me sont pas toujours à disposition. On perdure et on peine à s’analyser, on s’y perd, on hésite entre plusieurs définitions de mon intériorité. On doute. Parfois il est difficile, voire impossible d’appréhender et de comprendre un sentiment : je questionne alors mon intégrité et peut alors aller jusqu’à rejeter toute valeur que je prenais pour admise. On connait bien cette phrase d’un individu qui se heurte à la réalité d’un constat : « mais pourtant j’étais sur de moi ! ». Un individu qui connaît une période forte en révélations et transitions de sentiments voit ses repères bouleversés, ne sait plus à quoi s’accrocher tout en cherchant à saisir la totalité de ses sentiments. Malheureusement, cela peut engendrer de la frustration face à l’incapacité d’être lucide sur son propre « moi ». Je doute de ma propre connaissance de moi et je peux alors faire barrière à toute tentative d’élucidation pouvant être douloureuse. Par exemple, suite au décès d’un proche, un individu se retrouve engourdi, insensible face à la douleur et le choc de la nouvelle. Il peut rejeter intégralement ou non ses sentiments, et devenir témoin et non sujet de son expérience. Il devient spectateur de lui-même, résigné à ne plus contrôler et comprendre son intériorité. Meursault, l’étranger conçu par Camus en est un exemple parfait. « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas ». Il est dans un tel état de choc qu’il rejette toute supposée réaction à une telle situation. Il ne saisit plus sa pleine intériorité. Il est tout en dehors de lui-même. Son intériorité devient étrange, bizarre. Un autre exemple est le syndrome de Stockholm. Suite à un fait divers, où des otages partagèrent pendant longtemps la vie de leurs geôliers, un psychiatre, Nils Bejerot, inventa en 1973 ce terme pour désigner l’empathie, voire la sympathie qui se créa entre les otages et les ravisseurs. On remarque alors que sous une situation inhabituelle, mon intériorité est fondamentalement remise en cause en une autre intériorité qui m’est inconnue, étrange.

Par ailleurs, il est vrai que, comme le dit si bien Freud, « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison ». Notre conscience ne serait qu’en réalité un îlot de notre moi et l’intériorité de l’Homme serait plus que la simple conscience qui semble le diriger. Le moi, comme l’a théorisé Freud, est en conflit perpétuel avec le ça, si bien qu’il existe un conflit réel entre deux entités à l’intérieur même du sujet, qui doit alors appréhender une double intériorité, dont une lui est étranger. Le ça représente l’emprise des forces enfouies, totalement inconnues : c’est l’inconscient. L’inconscient cherche à exprimer nos désirs et pulsions refoulés par notre surmoi sous forme d’actes psychiques complets. Par exemple, un homme politique peut se retrouver à dire : « Je vais essayer d’être conforme au rôle qui est le mien. Je ne vais pas, en tant que président de la République… heu… président de l’Assemblée… Comme quoi, on a tous des ambitions, Freud est partout ! » Que ça soit un lapsus, un acte manqué, ou un rêve, leur explication est souvent absurde, incohérent et souvent incompréhensible. Notre réaction instinctive est de vouloir y trouver une explication afin de retrouver notre intégrité. Mais ces méandres de l’âme ne s’expliquent pas toujours, si ce n’est par le biais de la psychanalyse. Encore là, la psychanalyse ne peut tout, et face à cet inconscient, mon sujet disparaît et je découvre que je suis autre à travers certains actes psychiques révélateurs qui me surprennent. En réalisant que la conscience ne représente qu’une infime partie de moi, je comprends qu’une connaissance de moi complète est hors de ma portée. Toute une partie du moi m’est donc partiellement étrangère.

Si mon intériorité n’est qu’en partie étrangeté, la connaître n’implique pas forcément qu’elle est à moi et qu’elle est juste. Telle que je me l’imagine, ma perception de mon intériorité n’est pas forcément la bonne. Je peux alors m’en assurer en passant par autrui mais en faisant cela, j’en viens à me poser la question si mon intériorité est belle et bien la mienne ?

En effet, mon intériorité telle que je la perçois n’est pas forcément juste. Celle-ci est de toute évidence déterminée par autre chose : l’illusion de notre conscience et l’intervention de notre subjectivité. Le sujet orgueilleux et rationnel qui, fort de la conscience claire et distincte qu’il a de lui-même, croit être maître de ses choix et de ses actes. Je juge, et je prends pour règle générale que tout ce que je conçois fort clairement et fort distinctement est nécessairement vrai. En réalité, comme l’explique Descartes dans Discours de la méthode : « ce qui fait qu’il en a plusieurs qui se persuadent qu’il a de la difficulté à le connaître e que c’est que leur âme, c’est qu’ils n’élèvent jamais leur esprit au-delà des choses sensibles, et qu’ils sont tellement accoutumés à ne rien considérer qu’en l’imaginant, qui est une façon de penser particulière pour les choses matérielles, que tout ce qui n’est pas imaginable ne leur semble pas être intelligible ». Descartes montre ici que nous avons du mal à avoir du recul par rapport à notre intériorité, en admettant que tout ce que je considère sur mon intériorité est vrai. Donc lorsque j’admets des faits sur mon intériorité, ne sont-ils pas erronés ? J’ai fait intervenir ma subjectivité: n’est-elle pas alors un obstacle à une connaissance objective de moi-même ? Quand je prétends me connaître, ne suis-je donc pas au fond de mauvaise foi ? L’Homme a un amour de soi naturel, il se prend comme point de référence. Se connaître soi-même est gêné par amour propre qui ne nous permet pas d’avoir la distance nécessaire à une analyse critique et objective de mon intériorité. Nous pouvons en effet être tentés d’amoindrir certains de nos défauts ou encore d’exagérer sur certaines de nos qualités. Une meilleure connaissance de notre intériorité nécessiterait un esprit critique envers soi-même et une capacité d’abstraction afin d’oublier son amour propre et se considérer le plus objectivement possible, tout en gardant à l’esprit que cette connaissance de soi devrait être une recherche continuelle : le « soi » que l’on était auparavant n’est plus forcément le même à ce jour.

Non seulement, il faut savoir affronter mes subjectivités pour comprendre et connaître mon intériorité mais aussi savoir confronter celles de l’Autre pour en faire jaillir la vérité. Une simple introspection d’un sujet ne peut pas lui permettre de comprendre son identité complètement. Le sujet n’est lu i-même que dans ce mouvement continuel qui le met en rapport avec le monde et autrui. C’est en disant « eux » que je peux dire « je ». Par exemple, ce qui peut sembler faire un caractère, un défaut, une qualité : être drôle, être agressif, être gentil, ne pourrait être que lorsqu’il y aurait l’implication d’autrui. Jean Paul Sartre illustre cela clairement en expliquant dans L’existentialisme est un humanisme que « Pour obtenir une vérité quelconque sur moi, il faut que je passe par l’autre. L’autre est indispensable à mon existence, aussi bien d’ailleurs qu’à la connaissance de moi ». Ainsi mon intériorité restera qu’étrangeté si je ne passe par autrui. Pour me connaître, je dois faire à l’appel du jugement de l’Autre, un médiateur indispensable souvent. Le sujet prend ensuite conscience de ce qu’il ne savait pas sur lui-même, et découvre une nouvelle vérité sur son intériorité. Cependant, cela ne reste pas toujours fiable de passer par autrui pour appréhender son intériorité car ses jugements peuvent aussi être erronés. Si je demande à un individu ce qu’il pense de moi, son opinion sera influencée par l’amitié ou par l’antipathie qu’il éprouve moi. Il faut aussi garder à l’esprit que sa connaissance de mon intériorité dépendra des traits de caractère que je lui ai laissé transparaître consciemment, ou non. À quoi doit-on se fier alors ? S’il n’y a pas d’appui véritable qui peut me servir de support à ma connaissance, me connaîtrais-je vraiment un jour ?

Si nous avons vu qu’autrui peut m’aider à mieux saisir la complexité de mon intériorité, c’est lui qui peut aussi faire en sorte que mon intériorité ne soit jamais tout à fait la mienne. Il est vrai que ce qui m’entoure, affecte et influence la perception de mon intériorité. L’être humain, par ces sens, reçoit et absorbe, volontairement ou non, les impressions venues du monde extérieur. Il contraint l’individu et il y a alors une atteinte à mon intégrité. Pour être plus clair, mon intériorité se trouve habitée par un surmoi. C’est l’héritage culturel, et moral de toute la civilisation. On y retrouve l’intériorisation des interdits parentaux, des interdits sociaux, de toute contraintes qu’un individu a connu pendant sa vie. Est-ce donc bien moi qui parle quand je dis je ou bien à travers moi la société ? Par exemple,

depuis toujours les mots désignent des idées et valeurs particulières. Or quand je suis enfin en âge de parler, ma pensée est d’office influencée par tout un esprit d’une langue particulière. De l’enfance au monde des affaires, en passant par le monde religieux, mon intériorité profonde et intime se définit souvent, paradoxalement, par référence aux rituels et codes sociaux. Cela est en soi une atteinte profonde à mon intériorité qui n’est plus si intime que ça : je me suis nourri souvent de ces codes que je n’ai pas définis mais que j’accepte tout de même. Je me suis laissé convaincre qu’ils étaient vrais, qu’ils allaient de soi, alors qu’ils ont été rempli par les autres et qu’ils résultaient plus souvent du collectif que de l’individu. Ainsi en enfant, je me laisse dicter par l’idée qu’il ne faut pas dire toutes ces pensées à haute voix, ou savoir intérioriser certains sentiments, comme la colère contre un autre individu. De même, en tant qu’homme d’affaire, on peut se laisser dicter par l’identité que nous procure le code vestimentaire, comme le port de la cravate. On en vient à une conclusion quelque peu triste : peut être que beaucoup d’éléments auxquels je crois et qui me définissent par référence et par différence à l’autre ne sont en fait pas définis par moi-même mais structurés par les autres, par la société. « C’est faux de dire « je pense ; on devrait dire on me pense. Pardon du jeu de mots. Je est un autre » disait Rimbaud. D’un aspect global, cette citation implique que je n’ai pas un intérieur qui m’est complètement mien car celui-ci doit être légitimé par les autres mais aussi dicté par eux.

Une connaissance définitive de mon « moi » n’est jamais possible dans toute sa totalité. Se demander si je connais mon intériorité est un enjeu considérable. Il y aura toujours une part de moi qui me sera inconnue : mon inconscient. Cependant un individu qui prend en compte le fait que nul n’est mieux placé que soi pour comprendre son intériorité, fait intervenir une subjectivité parfois erronée qui peut le duper. Mon intériorité est donc aussi conditionnée par le monde et les autres, et de ces relations que j’entretiens avec eux. Si cela est le cas, mon intériorité n’est plus forcément véritablement mienne et mon intériorité peut me semble être en grande partie étrangère.

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